Fait divers

Ce soir-là je suis rentré en car, avec les autres naufragés....

Eux s'adonnent à des discussions longues pour échanger leurs expérience et sentiment, de mon côté je repasse les événements, les sons, les images dans ma tête. Pouvoir enfin continuer son voyage après tant d'événements, de scènes qui n'arrivent qu'aux autres, d'habitude. Un dernier supplice prend la forme de deux sapeur-pompiers qui relèvent les noms des survivants valides évacués en bus. On monte dans le bus, chacun trouve une place assise, quel soulagement que de se retrouver au chaud, confortable. C'est de l'autre côté, on passe entre les camions de pompier, les voitures de police et on traverse à pied ce passage à niveau fatidique. Un dernier regard sur la cabine du chauffeur du camion, posé comme par une main géante, presque délicatement, au bord de la route. L'afflux vers le premier bus arrivé se déroule dans le calme, bientôt plus besoin de couvertures de surlvie.

Fine nappe dorée et argentée, délivrée au compte-gouttes par les secours aux heureux survivants oubliées car sans blessures. Près des vergers, à côté de la maison, une remorque est transformé en tente de secours, les choses s'installent dans la durée. Un contrôle imaginaire d'un passager qui n'a pas composté son billet après être passé à 30 cm d'une ligne électrique de 25 000 Volts. On piétine dans le froid devant le décor excité des gyrophares, digestion par blagues faciles et gratuites.

Une passagère se fait interroger par les journaleux, dépechés sur le terrain, pour rendre le spectacle encore plus formidablement sensationnel. Un corps inanimé est brancardé vers les ambulances à travers la petite foule, le conducteur du train, défiguré mais toujours vivant paraît-il. Les passagers valides se font ressembler devant une maison, à l'écart des événements, en toute sécurité dans la fraîcheur nocturne. Les premiers secours arrivent, évaluent la situation et rassurent tout ce petit monde perdu dans la nuit glaciale.

Tous un peu perdu, éparpillés par petits groupes, des inconnus se rencontrent, parmis les débris en feu sur 300 mètres. La rame se fait enlever ses derniers passagers, risque d'asphyxie, le trou sur le côté, sous le train, reste impressionnant mais n'est plus un danger. Pour se faire une impression de la situation, un petit tour du train sur lequel se reflètent les flammes alentours. Des militaires sans capitaine prennent en charge l'évacuation du train, en pestant sur cet enfoiré de médecin qui n'est pas encore arrivé.

Une scène désolante, dans la nuit autour de la voie ferrée, des petits îlots enflammés donnent une impression de fin du monde. Tout ça pour rien, la porte d'après s'ouvre, on peut descendre, la terre est basse mais on respire mieux. Dans la confusion, un fait émane des paroles, on a percuté quelquechose, une personne, une voiture, un autre train, impossible de savoir de quoi il s'agit. Un voyageur prend l'initiative, se lève, sort un de ces marteaux à pointe dorée de derrière son verre protecteur et s'affaire à casser une fenêtre. Et la panique à bord commence, tout un chacun veut sortir en premier, la porte est bloquée.

Les freins grincent, avec cette odeur piquante de métal brûlé, le film passe au ralenti avant de finalement s'arrêter. Sous le choc, on ne réalise que progressivement que ce n'est pas fini encore, qu'un autre impact peut survenir encore. À travers les fenêtres, une scénerie surréaliste défile, suspendu dans le temps par l'incertitude. En ouvrant les yeux, la scène venue de l'enfer dessine les reflets des flammes depuis l'extérieur. Un énorme bang, un impact très gros et très près qui traverse les wagons. On monte dans le train, chacun trouve une place assise et je ferme les yeux.

Une soirée comme une autre qui commence.

Commentaires

1. Le lundi 5 janvier 2015, 14:28 par ikujam

la version dépêche :

http://www.ladepeche.fr/article/201...